La destinée de l'Erade
Bienvenue à toi, étranger !
Œuvre du hasard ou du destin, tu viens d’arriver aux portes d’un monde nouveau, celui d’Erade ; un univers aux secrets innombrables où cohabitent des cultures différentes et où la magie se lie à chaque être, dés sa naissance. Tu connaitras l’amour, l’amitié et de grands moments que tu n’oublieras jamais mais aussi de la tristesse, une noirceur dont tu ne te connaissais pas l’existence et qui sommeille pourtant en toi. Ce monde possède des horizons différents, des histoires liées entres elles et tu apprendras par la suite que rien n’arrive par hasard. Tu peux fuir ou rejoindre l’aventure mais n’oublie jamais qu’ici, chacun de tes actes changera le cours de notre histoire, celle que l’on écrit tous ensemble, la destinée de l’Erade.



 
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 ..|Mes Mémoires|..

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Tixu Oty

Tixu Oty

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MessageSujet: ..|Mes Mémoires|..   Mer 2 Juin - 10:38

Mes Mémoires
Acte Premier
Un froid glaçant mes os jusqu'à la moelle me tira d'un sommeil profond auquel je ne pensais jamais m'en sortir. Je me trouvais là, face contre terre, à me poser une question : que faisais-je ici ? Ne parvenant pas à puiser dans mes dernières forces pour me lever, je me contentai de rester là, allongé, pour observer, ou du moins essayer, l'endroit où j'avais atterri. Il y faisait bien sombre. Était-ce la nuit ? Va savoir, car de toute manière, je ne parvenais guère à discerner quoi que ce soit à deux pas de moi. Il ne me restait plus qu'à me torturer les méninges afin de remonter le flot de mes souvenirs... Rien à faire. Autant se l'avouer, il semblerait que quelque chose me brouille les pensées. Quel pourrait en être la cause ? De l'alcool. Impossible, bien que je sache en apprécier, jamais je n'aurais pu être ivre mort. Mais alors, quoi ? J'avais beau tourner le problème dans tous les sens possibles et imaginables, la solution s'esquivait toujours et encore. Finalement, ayant mis le temps de ma réflexion à profit pour reprendre des forces, je fus enfin capable de soulever ma carcasse du sol, non sans difficulté. Mon corps était mal en point : je devais avoir une ou deux côtés fêlées, si ce n'est cassé, puis l'épaule gauche déboîtée et une entorse au poignet droit, ainsi qu'une plaie ouverte à la cuisse gauche. Claudiquant comme un vieillard, je parcourue les alentours. Une constatation douloureuse ne se fit point attendre : j'étais un prisonnier.

A peine avais-je eu l'audace de fermer mes paupières, que des bruits de pas parvinrent à mes tympans. Un long frisson à connotation prémonitoire remonta progressivement le long de ma colonne vertébrale, au rythme saccadé des chocs sur le roc granitique. Ma présomption devait être vraie, puisqu'il semblerait que je sois dans un cachot. Une peur tenace s'empara de ma personne et je me voyais, impuissant, tenter en vain de me fondre dans l'obscurité, dans la nuit. Puis, soudain, plus rien. Plus un seul atome ne remuait, comme si toute chose s'était suspendue durant cette seconde au temps extensible à l'infinie. J'eus alors la singulière impression de vivre les instants qui suivirent comme un ralenti, image par image. Comme si quelqu'un prenait un malin plaisir à observer la scène sous toutes les coutures en découvrant des expressions qui se bousculaient sur mon visage, en un fouillis inextricable. Je vis tout d'abord un éclair, un rayon venant m'éblouir au point de m'aveugler et de ne voir plus que des papillons rouges sur fond noir. Ensuite le noir revint, survenu après le claquement sourd d'une lourde porte. Bizarrement, il ne se passa rien. J'avais beau savoir qu'un être venait, sans aucun doute, de pénétrer dans les cachots, je ne réagissais pas. Je demeurais, là, prostré dans le coin à attendre, attendre son premier geste : celui du mystérieux visiteur. Je ne sus jamais combien de temps s'écoulèrent ainsi. Tout mon être était figé et ma raison était d'ors et déjà évaporé depuis longtemps, alors je ne me vois guère, à cet instant là, connaître avec exactitude la durée de cet affrontement silencieux. Oui, je menais une guerre : une guerre du silence. Ne prenez donc pas à la légère l'impact et la puissance qu'octroie à celui qui manie le silence avec dextérité et adresse, car cet individu sera soit votre meilleur allié, ou soit votre ennemi le plus coriace. N'est-ce pas là un tableau peu reluisant du moment ? Moi, sans même savoir à qui j'avais à faire, cela ne faisait pas l'ombre d'un doute que j'étais en présence d'un puissant, l'un de ceux auxquelles il faut mieux les avoir comme amis que comme ennemis. Cela va de soi, à l'instant présent, cela me paraît tout à fait banal et logique, mais alors que j'étais en position de faiblesse : incapable de remuer le moindre orteil, totalement dominé par une peur profonde qui menaçait à tout instant de céder à la terreur, pure et simple. N'en pouvant plus de cette tension intenable, je voulus lâcher une banalité. N'importe quoi, pourvu que cet envoutement cesse, ne serait-ce qu'une unique et minuscule seconde. Pourtant, rien ne sorti de ma bouche, du moins de compréhensible. Un râle guttural racla ma gorge sur toute sa longueur. Je crus alors que je poussai mon dernier soupir. Je n'éprouvai aucun sentiment de regret, ni de colère devant mon départ prématuré, mais seulement de l'étonnement. Commandé par un instinct, je me tordais en tous sens en quête d'un miracle, (c'est un minimum dans une situation comme la nôtre) mais les minutes s'engrangeaient, et je vivais toujours. Soudainement, vint un moment où la pression s'envola d'un coup de baguette magique. Mon cerveau, bien content d'être réapprovisionné en oxygène, me donna le tournis et un sacré mal de tête. J'avais encore le regard vitreux lorsque j'aperçus à travers l'obscurité une silhouette s'avancer vers moi. Je ressentais en lui une aura imposante et écrasante. Je perçus à peine le commentaire fuir ses lèvres.
« Intéressant ! », s'exclama une voix féminine. Mon jugement sur les gens, aux premiers abords, ne se révélaient quasiment jamais fausse, mais voilà ce "quasiment" laissait entendre qu'un centième de pourcentage pouvait m'entraîner dans l'erreur. C'est pourquoi je ne m'y fiais guère souvent, pour ne pas dire jamais. Pourtant, alors je tentais de percer le vide qui me séparait de la furtive silhouette, je ne pouvais m'empêcher d'être certain au plus profond de mon être de connaître l'identité de mon agresseur. Enfin, de mon agresseuse...

Depuis, le temps s'écoula avec un brin de monotonie perpétuel. Toutes les journées se ressemblaient, bien que je ne fusse pas en mesure de pouvoir différencier le jour de la nuit. Alors ma vie se ponctuait de repas que l'on m'apportait durant mon sommeil. Je ne parvins jamais à surprendre quiconque pénétrant dans ma cellule, pourtant à mon réveil je retrouvais toujours un plateau avec quelques bricoles à grignoter et une cruche d'eau. A chaque fois, quelqu'un subtilisait celui de la veille pour le remplacer par un nouveau. Lors de mes rares moments de lucidité, je me mettais à réfléchir sur moi. Moi... J'avais connaissance de mon nom : Tixu Oty. Par contre, je n'en savais pas plus sur mon identité. Je n'étais pas pour autant amnésique, puisque je savais d'innombrables connaissances sur le monde d'Erade.
« Qui suis-je ? », me répétais-je inlassablement. Alors que je n'allais pas tarder à sombrer soit dans le désespoir, ou dans la folie, ma geôlière pénétra de nouveau dans le cachot, mais elle n'était pas seule. En effet, deux grosses montagnes de muscles inexpressives encadraient l'ouverture lumineuse derrière la silhouette féminine. Aucune parole ne fut échangée, la femme leur fit signe. Ils ouvrirent la cellule et me sautèrent dessus. Malheureusement, je n'eus guère l'occasion de me défendre avec l'affaiblissement encore récent de mon corps. Suite à un coup phénoménale derrière ma tête, je sombrai rapidement dans l'inconscience.

Je dormais : je me voyais dormir, j'étais conscient de dormir. Étrange, je trouvais cela complètement invraisemblable. Comment pourrais-je me voir dormir ? Je me voyais ensuite recroquevillé sur moi-même et effrayé dans le sombre cachot. Je sentais également des sentiments étrangers : de l'émerveillement, de l'affection et de la peur. J'avais l'impression de voir les récents événements, mais d'un tout autre œil : celui d'un étranger, ou d'une étrangère. La vision suivante me présenta un vieil homme de face qui semblait parler de ma personne, il parla de pouvoirs magiques et de conflits futurs. Qu'est-ce qui se tramait ? De qui venait ses images ? Puis, plus rien. J'eus la désagréable sensation de me faire projeter au sol sur plusieurs mètres par une force invisible. Je repris connaissance, étalé de tout mon long sur un parquet plein d'échardes. Au-dessus de moi, je vis une charmante femme qui me lançait un regard réprobateur. Je la connaissais.
« Naïa Phykit. », murmurais-je ainsi au vent, davantage pour me persuader moi-même. Sur ces deux mots, elle sembla contrôler sa colère pour finalement lâcher un timide sourire. « Quoi que dise Owen, il semblerait que j'ai eu raison de te garder en vie. », révéla-t-elle avec sarcasme et une pointe d'ironie. Sans raison, je souris à l'entendre, comme si ce ton m'avait toujours été ma compagne durant toute ma vie, désormais aux oubliettes. Mes yeux osèrent traîner un regard lancinant sur son corps divinement magnifique. Ses traits physiques qui me frappèrent tout d'abord furent sa chevelure se soulevant capricieusement au grès du vent, ses yeux d'émeraudes scintillant de malice et ses petites oreilles pointues. Va savoir d'où je tenais cela : je me tenais devant une elfe. Peut-être était-ce grâce à la forme de ses oreilles ? Une voix douce et aimable me le soufflait discrètement. Naïa ne dut pas apprécier que je l'examine ainsi, car son regard d'acier revint me transpercer l'âme de toute part. Ne pouvant supporter davantage le comportement de la belle, je ne me mis pas en colère loin de là, mais mes joues prirent une légère teinte rosâtre. Serais-je d'un tempérament timide ? Quoique, la présence de la jeune femme me troublait tellement que je ne parvenais même plus à aligner deux pensées cohérentes. Quel était ce nouveau pouvoir dont elle faisait preuve ? Étais-je sujet à une hallucination ? Des évènements tout aussi singuliers les uns que les autres n'arrêtaient pas de se succéder : d'abord une mystérieuse magicienne avait tenté de m'étouffer par un sortilège m'étant inconnu, puis il s'était avéré que je la connaissais, maintenant un autre sortilège semblait être à l'œuvre et m'ôtait toute combativité. Tout à coup, à croire que lorsque je me mettais à réfléchir je n'étais plus conscient de mon environnement proche, Naïa avait son visage à seulement quelques centimètres de moi et m'observait, comme un animal exotique en cage dans un zoo. Naïa Phykit me donna le coup de grâce, elle fit un haussement de sourcil, puis me tourna le dos. Je la regardais s'échapper une fois de plus, impuissant. Je me retrouvais une fois de plus seul, mais au moins je n'étais plus à mûrir dans une geôle. Il faut savoir distinguer le bon côté des choses... Hébété à demeurer planté là par terre, je m'intéressai finalement au décor : je me situais au beau milieu d'une chambre luxueuse et bien trop grande pour ma seule personne. Un lit à baldaquin en était le centre, et certainement l'objet le plus raffiné, je pouvais observer la précision et la maîtrise requise pour fabriquer un pareil ouvrage. Laissant de côté mon exploration, j'utilisai mes ultimes forces pour me hisser tant bien que mal sur le matelas pour m'y effondrer et sombrer dans un sommeil de plomb.

Je m'éveillai alors que le règne de la nuit n'avait pas encore abdiqué devant l'aurore. Je me suis levé, en prenant garde à mes blessures. D'ailleurs, lorsque je posai mes yeux sur leurs emplacements de la veille, je n'y voyais plus qu'une peau lisse, sans aucune cicatrice. A croire que je n'avais jamais eu d'os brisés, de plaies sanguinolentes... A croire que cela n'avait été que le produit de mon imagination débordante... Serais-je en proie à une folie furieuse, à une démence diabolique ? Mon séjour en prison ne serait qu'un mauvais rêve ? Naïa Phykit n'existerait donc pas ! Sa beauté..., sa beauté ne pouvait être imaginée. Non, impossible. Tout simplement impensable, bien qu'un vicieux doute s'immisçait en moi lentement, mais sûrement. Une colère soudaine dictée par les Furies, m'envahit le cœur. Tout devenait comme une eau incolore où j'y trouvais le vertige. Je sentais un courant électrique se propageait dans la totalité de mon corps qui s'arc-bouta tout à coup, pris de convulsions, et soudain, se tendit, raide comme un ressort. Je ne maîtrisais plus rien, j'assistai en spectateur impotent au drame. Mon esprit était, sans cesse, en décalage avec mon corps. J'avais vaguement perçue un changement au plus profond de mon être, comme si l'on venait de supprimer une barrière bloquant l'accès à une source intarissable, une source de pouvoirs. Puis, tous se termina en un instant. Toute ma frustration, mon désespoir et ma peur s'échappèrent en un éclair foudroyant. Une clarté éblouissante illumina la scène. Un temps suspendu, puis, ce fut l'explosion, détruisant et incendiant tout. Le reste était silence.

Naïa Phykit. Son visage aux lignes pures s'imposa au néant, révulsa et refoula la Mort elle-même dans ses retranchements, la lynchant littéralement, afin de restituer la Vie là où elle fut délaissée, à l'abandon. Une sensation de chaleur s'engouffra dans le froid mortel. Le noir se teinta de couleurs chatoyantes. J'étais vivant. Le battement régulier de mon cœur me fut restauré. Mes yeux s'entrouvrirent sur une réalité évidente, mes illusions évaporées... Naïa était penchée au-dessus de moi, sourire aux lèvres :
« Dors, et reviens-nous comme jadis, Tixu Oty. » Sentiments étrangers : joie et sérénité. On venait de me faire don de la Vie.

J'étais de bien méchante humeur. Voilà plusieurs heures que l'on ignorait mes appels. J'avais repris conscience, allongé sur un lit et attaché, dans une pièce à l'allure d'infirmerie. Je me doutais bien que l'on m'avait immobilisé de peur que je fasse encore un autre triste exploit. J'avais beau l'accepter, je n'étais toujours pas satisfait. Je souhaitais la revoir, ne serait-ce qu'une seule fois. Y penser fit resurgir le souvenir des évènements récents. Je ne pus m'empêcher de m'avouer que je n'aurais peut-être pas dû réagir aussi violemment. Je me jurai alors de me tenir tranquille. Hasard ou coïncidence ? Va savoir, mais à peine avais-je de sceller cette promesse que Naïa entrait. Plantée devant mon chevet, elle se tint coi à m'observer. Nous nous affrontâmes du regard, silencieusement. L'eau coula sous les ponts, puis vint le moment où je finis par céder.
« Vous êtes Naïa Phykit ? », demandai-je bien ce n'était pas réellement une question. Tous deux, nous en connaissons déjà la réponse. Elle ne se donna donc pas la peine de le confirmer. Je décelai une lueur dans ses yeux d'émeraudes, j'hésitai sur sa signification : était-ce un regard amusé ou rieur ? Qu'importe, cela n'a pas grande importance et cela ne m'avançait pas à grand-chose. Je me trouvais étrange : deux minutes auparavant j'aurais donné n'importe quoi pour que quoique ce soit vienne perturber mon ennui, mais voilà que maintenant je n'aspirais plus qu'à me retrouver en compagnie de ma vieille amie la solitude. Je me décidai finalement à reprendre la parole, autant en finir et en vitesse : « Qu'attendez-vous de moi ? » Pour la première fois, je vis un sourire étirer ses lèvres. « Vous ne tarderez pas à l'apprendre, mon cher Tixu Oty... », m'informa-t-elle. Je n'étais pas sûr d'apprécier ce qu'elle me réservait, d'autant plus que j'avais la désagréable impression de ne plus avoir la main mise sur ma destinée... Naïa Phykit me quitta, en me laissant me torturer l'esprit à me ressasser, sans cesse, ces dernières paroles si énigmatiques...


Dernière édition par Tixu Oty le Sam 11 Juin - 18:31, édité 2 fois
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Tixu Oty

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MessageSujet: Re: ..|Mes Mémoires|..   Jeu 10 Juin - 15:06

Note de Tixu Oty
Dans le récit de ma vie, il existe plusieurs "périodes noires", comme je me plais à les nommer. J'appelle ainsi les époques de ma vie dont je ne possède strictement aucun souvenir. Ainsi, si je n'évoque jamais au grand jamais ma vie avant que je ne tombe dans ce cachot putride, c'est que tout simplement j'en suis malheureusement dans l'incapacité de le faire. J'ai préféré vous prévenir dès maintenant, puisque mes souvenirs s'effilochent plus fréquemment avec le temps, bien que ce ne soit que sur de courts moments, à l'inverse de ma première perte de mémoire. Ce véritable trou noir m'a amputé d'une partie tout entière de mon âme. Par la suite, il m'est arrivé de tenter d'en apprendre plus sur le mal qui nous frappe, mais la vérité ne s'est jamais dévoilé. Cette cicatrice indélébile a su se colmater grâce aux souvenirs de chaque instant, recueillis au creux de ma paume tel un trésor sans nom.
Acte Second
Des semaines, voire peut-être des mois s'envolèrent en un coup de vent. Après ma guérison, on me laissa croupir dans un autre cachot. Dans celui-ci, je m'y sentais mieux, des ouvertures sur l'extérieur étaient disséminées un peu partout. Pouvoir assister au déroulement des jours et des nuits étaient tellement une bénédiction pour moi. Depuis mon premier séjour en prison, je crois avoir toujours été claustrophobe, encore un autre traumatisme qui ne se soignera jamais complètement. Au bout de quelques jours, je ne réfléchissais déjà plus, je n'étais plus sensible à la vie : je ne sauvegardais mon corps plus par une certaine habitude, que par un soucis de survivre. Je n'étais plus Tixu Oty, je n'étais qu'un pantin désarticulé. J'étais le vieux jouet d'une entité supérieure pour qui je n'incarnais plus aucun intérêt, qui prenait la poussière attendant que quiconque veuille bien venir me ramasser, m'insuffler un désir de vivre. Un jour, la routine qui s'était installée se brisa. Deux soldats, ce matin-là, m'arrachèrent de ma cellule pour me pousser sans ménagement vers l'extérieur. Peut-être le trouvais-je tellement absurde que je n'y assistais pas réellement. Je me sentais totalement étranger à mon propre corps, le sentiment d'avoir d'ores et déjà quitté la vie, sans pour autant être décédé. Je flottais sur un nuage d'indifférence, dépourvu de sens propre et dérisoire. Mon corps n'était plus qu'une mécanique quelconque. Je ne ressentais plus la fraîcheur du petit vent du matin. J'étais aveugle aux sens. Ce n'était plus moi qui gravissait les marches de la potence, je n'étais pas cet homme auquel on passait la corde. Ce n'était qu'une enveloppe de chair que l'on pendait.

Étrangement, alors que la vie s'échappait progressivement, mon esprit rejoignit mon corps brutalement. Une vague de souffrance m'arracha un hurlement silencieux. Un désespoir infini se fit croissant proportionnellement au manque d'air. Mes jambes battaient l'air inutilement, comme si cela pouvait me sauver de l'inévitable. La mort est un destin universel. Toutes les vies sont équivalentes. Mon cerveau privé d'oxygène cessa toute activité.
« Relevez-le ! », s'écria une voix féminine. Les soldats obéissants me remirent sur pied et coupèrent la corde. Je me tenais là, immobile à inspirer de grandes bouffées d'air, heureux d'éprouver la vie à travers ces souffrances. Je me sentais libéré, libéré de tous. Libre de vivre, prêt à tout recommencer. J'étais réconcilié avec la Vie.

Lorsque je fus enfin rétabli, je me rendais compte que de nombreux soldats m'observaient, d'un œil amusé saupoudré d'une pincée de curiosité. Il faut dire que ce ne doit pas être tous les jours que l'on assistait à une exécution capitale où l'on ne cherchait pas à tuer le prévenu. Mon cou me démangeait, je tendais mes mains vers le nœud, lorsqu'une voix autoritaire figea mon geste :
« Qu'est-ce que tu crois faire là ? », cria un officier. Je me tournais lentement vers lui, la colère dans mes yeux était transparente. Frustré, je lui rétorquai que la corde était désormais superflue. Avant que l'officier puisse réagir, la même voix féminine l'interrompit : « Tixu Oty, tu es officiellement mort ce matin. Gardes donc cette corde nouée autour de ton cou, comme témoin. Tu n'as plus aucun droit, tu es à moi. », clama-t-elle. Je la regardais, éberlué. Je regardais sans comprendre la fine silhouette de Naïa Phykit se balançait avec une grâce moqueuse. « A partir de maintenant, tu obéiras au doigt et à l'œil. Tu n'auras plus de volonté propre, ta seule volonté sera de combler toutes mes attentes. Tu es mort ! »[i], m'expliqua-t-elle. Mon trouble esprit ne parvint point à ordonner mes pensées. Abattu, je me contentai de la suivre lorsqu'elle s'en alla. « Que pouvais-je faire alors qu'elle venait de me sauver la vie une seconde fois ? »
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